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Saint Roch !

Saint Roch

De par les superlatifs suivants : « Un des saints les plus vénérés dans le monde catholique » VAUCHEZ André, «Roch », in : VAUCHEZ A. (dir.), Histoire des saints et de la sainteté chrétienne -Une église éclatée (1275-1545), Tome VII, Hachette, Paris, 1987, p. 219. , « un des saints les plus populaires »VAUCHEZ André, La sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge, Ecole française de Rome, Rome, 1981, p. 117. , saint Roch devrait être au-dessus de tout soupçon. Et pourtant malgré sa célébrité sa biographie Les éléments biographiques de saint Roch ne sont pas seulement « insufficienti ma anche molto tormentati, aporetici e non privi di anacronismi », cf. FANELLI Angelo, « Le due più antiche biografie del ‘400 su san Rocco », in : TURI Tommaso (a cura di), Quaderni della Chiesa Madre, Noci (I), n°7, 1996, p. 3.demeure mystérieuse, peu de saints du Moyen Âge ayant suscité « autant de controverses » FLICHE Augustin, « Le problème de saint Roch », in : Analecta Bollandiana -Mélanges Paul Peeters, Tome LXVIII, Société des Bollandistes, Bruxelles, 1950, p. 343. . On a même pu mettre « sa réalité historique en doute » VAUCHEZ A., op. cit. (1987), p. 219. et aller jusqu’à nier l’existence du saint. Pour ce côté énigmatique, légendaire et mystérieux saint Roch peut facilement être mis en parallèle avec saint Christophe. A l’exemple d’ailleurs de saint Christophe, saint Roch fait partie des quatorze saints auxiliaires et l’élément canin, même si aucun auteur semble avoir travaillé sur ce lien, y joue également un grand rôle (cf. fig. n° XXVIII).

Sur la vie de saint Roch on dispose, malgré les contradictions typiques pour le Moyen Âge du XII au XIV°s., de faits plus ou moins établis. Il serait né à la fin du XIII°, le Larousse Article « Roch » in : Petit Larousse illustré, librairie Larousse, Paris, 1972, p. 1648. -qui suit fidèlement le récit de la Vie de Saint Roch par le Vénitien Francesco Diedo- évoquant même la date de 1295, avec comme lieu de naissance Montpellier. Toujours selon le Larousse il serait également mort dans cette ville du sud de la France vers 1327. Selon d’autres traditions par contre -notamment les Acta brevoria écrits en Lombardie vers 1430- saint Roch se serait rendu à Rome dans la seconde moitié du XIV° s. pour se mettre au service des pèlerins malades. Ce qui demeure commun aux deux récits et ce qui a contribué à la popularité de saint Roch, c’est le dévouement, sans condition et jusqu’à son propre épuisement et sa propre mort, de ce saint exemplaire aux malades et surtout aux pestiférés.

Dès sa plus jeune enfance saint Roch montre des dispositions extraordinaires : « Quand il eut douze ans, il renonça entièrement à tout ce qu’il y a de plus agréable et de plus éclatant dans le siècle : son seul plaisir était de faire du bien aux pauvres et aux étrangers, et il les assistait avec la même charité qu’il aurait montrée à ses propres frères » GIRY R.P., Vie des Saints et des personnages morts en odeur de sainteté, Tome III, Berche et Tralin Libraires-Editeurs, Paris, 1875, p. 930. . Dieu confère à Roch, selon le récit hagiographique, le don exceptionnel de pouvoir de guérison sur la peste. Roch devient le « médecin des pestiférés » contribuant par le seul acte de toucher de sa main droite le malade en lui faisant le signe de croix, à guérir le malheureux. Sillonnant les villes d’Italie où il guérit les malades de la peste partout où il passe, il rencontre le pape Boniface VIII voire Benoît XI GIRY R.P., ibid., p. 931. L’auteur ne tranche pas entre les deux papes, mais il situe la rencontre après 1304. qui voyant « des rayons de lumière sortir de ses yeux et de son visage, reconnut l’excellence de sa vertu ».

De plus en plus fatigué, Roch tombe lui-même malade aux abords de la ville de Plaisance. Ne souhaitant être à la charge de personne, il se retire secrètement dans la forêt voisine et se cache dans une minuscule cabane. C’est là qu’un chien de meute vient régulièrement lui rendre visite, lui apportant toujours de quoi manger, à savoir un petit pain. Le maître du chien, Gothard, un riche, ne s’aperçoit qu’après plusieurs fois du manège de son chien : « …comme il était à table, un de ses chiens vint à lui et lui prit un pain qu’il avait à la main. Il lui sourit, croyant qu’il le faisait par la privauté ou par nécessité, et le laissa faire ; et ce chien porta ce pain à saint Roch. Le lendemain, il fit la même chose à dîner et à souper ». Suivant discrètement son chien, Gothard découvre la malheureuse cachette de saint Roch.

Dieu à travers un autre miracle finit par guérir saint Roch de sa maladie, lui donnant l’ordre de rentrer chez lui à Montpellier. Pour ne pas recevoir les honneurs dans sa ville natale, Roch y rentre si bien caché qu’on le prend pour un espion. On le met aussitôt en prison -c’est même son oncle qui ne le reconnaissant pas et Roch laissant faire l’y met- où il tombe à nouveau malade et finalement meurt, le 16 août, non sans avoir auparavant demander au Seigneur la grâce de préserver et de délivrer de la peste ceux et celles qui imploreraient son secours Selon Giry, saint Roch meurt à Montpellier, mais d’autres traditions le font mourir à la forteresse d’Angera, au bord du lac Majeur, cf. VAUCHEZ André (dir.), Dictionnaire encyclopédique du Moyen-Age, tome II (L-Z), Editions du Cerf, Paris, 1997, p. 1330-1331. . Son geôlier découvre à la mort de son détenu non seulement le corps illuminé de saint Roch par « des lampes allumées à sa tête et à ses pieds » mais également un « petit écriteau (…) où ces mots étaient imprimés : Ceux qui étant frappés de peste auront recours à l’intercession de Roch, seront délivrés de cette cruelle maladie » GIRY R.P., op. cit., p. 935..


La distribution des ossements de Saint Roch et sa demande en patronage de nombreuses villes constituent un signe de son extrême popularité : Montpellier (F), Venise (I), Arles (F), Grenade (E), Villejuif (F), Salon (F). Le culte de saint Roch se rencontre donc aussi bien en France qu’en Italie et en Espagne. Malgré les doutes quant à l’historicité de tous les éléments précités, nous partageons l’avis de l’historien Vauchez, selon qui saint Roch était un « pèlerin laïque, peut-être originaire du Languedoc (…) et qui se signala, une fois parvenu en Italie, par son zèle en faveur des malades et son efficacité thaumaturgique » VAUCHEZ André (dir.), op. cit. (1997), p. 1331. .

La confrérie fondée en son honneur à Venise, la fameuse Scuola di San Rocco, représente souvent un chien dans les peintures illustrant la vie de son saint patron. Cette confrérie, fondée en 1477 et dont un des grands maître fut le Tintoret, s’était dotée d’une église abritant des reliques de saint Roch. En dépit de son succès, il faudra pourtant attendre le XVII°s. pour que le culte et la vénération de saint Roch soient dotés par l’Eglise catholique romaine d’un statut liturgique et canonique en règle, ce qui permet de dire que dans le cas de saint Roch, c’est surtout le peuple qui a contribué à lui créer une aura de saint avant même d’avoir attendu l’aval de la hiérarchie catholique Cf. MOLLAT DU JOURDIN Michel et VAUCHEZ André, « Un temps d’épreuves (1274-1449) » in : MAYEUR Jean-Marie (alii), Histoire du Christianisme , tome VI, Desclée / Librairie Arthème Fayard, 1990,.

Le chien a-t-il contribué à la popularité du saint ? Ce n’est évidemment de loin pas le point essentiel pour les récits hagiographiques, saint Roch étant surtout invoqué pour prévenir les maladies contagieuses et la peste. Mais cet élément canin, que l’on retrouve surtout dans les représentations picturales et sculpturales, reste très présent dans l’art Le chien de saint Roch reste très peu étudié. L’auteur A. Fliche, pourtant spécialiste de l’art religieux, ne lui consacre aucune page dans son livre : Saint Roch (collection « L’art et les Saints »), Henri Laurens éditeur, Paris, 1930. D’après Fliche, le chien, à la suite de l’ange, ne rappelant qu’un « incident » de la légende du saint, n’est apparu sur les statuaires et les peintures que vers la fin du XV°s. (p. 61) . C’est probablement l’attribut du chien qui a contribué au choix de saint Roch comme protecteur des animaux, plus particulièrement du bétail. Ainsi les paysans n’hésiteront-ils pas à l’invoquer lors de certaines maladies de leur bétail (peste porcine, épizooties, peste bovine…) « So rief man den Heiligen Rochus in Weinbaugebieten um Hilfe gegen die Reblaus an, in Aachen und Krefeld stellte man die Pferde unter seinen Schutz, am Niederrhein bat man ihn um die Abwendung der Schweinepest und überall, wo bei Mensch und Tier Infektionskrankheiten ausbrachen, erinnerte man sich seiner », cf. SCHMITZ-EICHHOFF Marie-Theres, St. Rochus –Ikonographische und medizin-historische Studien, Dissertation der Philosophischen Fakultät der Universität zu Köln, Köln, 1977, p. 81.. Notons enfin que suite à la « contamination » de l’histoire de saint Roch avec celle de saint Lazare, également patron des lépreux, le chien se verra souvent représenter sur les peintures en train de lécher les plaies de saint Roch Cf. VAUCHEZ A., op. cit. (1987), p. 223. .

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M
<br /> <br /> je découvre un blog qui me plait beaucoup.vite à la news<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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