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Saint Roch
De par les superlatifs suivants : « Un des saints les plus
vénérés dans le monde catholique »
, « un des saints les plus populaires »
,
saint Roch devrait être au-dessus de tout soupçon. Et pourtant malgré sa célébrité sa biographie
demeure mystérieuse, peu de saints du Moyen Âge ayant suscité « autant de controverses »
. On a même pu mettre « sa réalité historique en doute »
et aller jusqu’à nier l’existence du saint. Pour ce côté énigmatique, légendaire et mystérieux saint Roch peut facilement être mis en parallèle avec saint Christophe. A l’exemple d’ailleurs de saint Christophe, saint Roch fait partie des
quatorze saints auxiliaires et l’élément canin, même si aucun auteur semble avoir travaillé sur ce lien, y joue également un grand
rôle (cf. fig. n° XXVIII).
Sur la vie de saint Roch on dispose, malgré les contradictions typiques pour le Moyen Âge du XII au XIV°s., de faits plus
ou moins établis. Il serait né à la fin du XIII°, le Larousse
-qui suit fidèlement
le récit de la Vie de Saint Roch par le Vénitien Francesco Diedo- évoquant même la date de 1295, avec comme lieu de naissance Montpellier. Toujours selon le Larousse il serait également
mort dans cette ville du sud de la France vers 1327. Selon d’autres traditions par contre -notamment les Acta brevoria écrits en Lombardie vers 1430- saint Roch se serait rendu à Rome
dans la seconde moitié du XIV° s. pour se mettre au service des pèlerins malades. Ce qui demeure commun aux deux récits et ce qui a
contribué à la popularité de saint Roch, c’est le dévouement, sans condition et jusqu’à son propre épuisement et sa propre mort, de ce saint exemplaire aux malades et surtout aux
pestiférés.
Dès sa plus jeune enfance saint Roch montre des dispositions
extraordinaires : « Quand il eut douze ans, il renonça entièrement à tout ce qu’il y a de plus agréable et de plus éclatant dans le siècle : son seul plaisir était de faire du bien aux
pauvres et aux étrangers, et il les assistait avec la même charité qu’il aurait montrée à ses propres frères »
. Dieu confère à Roch, selon le
récit hagiographique, le don exceptionnel de pouvoir de guérison sur la peste. Roch devient le « médecin des pestiférés
» contribuant par le seul acte de toucher de sa main droite le malade en lui faisant le signe de croix, à guérir le malheureux. Sillonnant les villes d’Italie où il guérit
les malades de la peste partout où il passe, il rencontre le pape Boniface VIII voire Benoît XI
qui voyant « des rayons de lumière sortir de ses yeux et de son visage, reconnut l’excellence de sa vertu ».
De plus en plus fatigué, Roch tombe lui-même malade aux abords de la ville de Plaisance. Ne souhaitant être à la charge de personne, il se retire secrètement dans la forêt voisine et se cache dans une minuscule cabane. C’est là qu’un chien de meute vient régulièrement lui rendre visite, lui apportant toujours de quoi manger, à savoir un petit pain. Le maître du chien, Gothard, un riche, ne s’aperçoit qu’après plusieurs fois du manège de son chien : « …comme il était à table, un de ses chiens vint à lui et lui prit un pain qu’il avait à la main. Il lui sourit, croyant qu’il le faisait par la privauté ou par nécessité, et le laissa faire ; et ce chien porta ce pain à saint Roch. Le lendemain, il fit la même chose à dîner et à souper ». Suivant discrètement son chien, Gothard découvre la malheureuse cachette de saint Roch.
Dieu à travers un autre miracle finit par guérir saint Roch de
sa maladie, lui donnant l’ordre de rentrer chez lui à Montpellier. Pour ne pas recevoir les honneurs dans sa ville natale, Roch y rentre si bien caché qu’on le prend pour un espion. On le met
aussitôt en prison -c’est même son oncle qui ne le reconnaissant pas et Roch laissant faire l’y met- où il tombe à nouveau malade et finalement meurt, le 16 août, non sans avoir auparavant
demander au Seigneur la grâce de préserver et de délivrer de la peste ceux et celles qui imploreraient son secours
. Son geôlier découvre à la mort de son détenu non seulement le corps illuminé de saint Roch par
« des lampes allumées à sa tête et à ses pieds
» mais également
un « petit écriteau (…) où ces mots étaient imprimés : Ceux qui étant frappés de peste auront recours à
l’intercession de Roch, seront délivrés de cette cruelle maladie »
.
La distribution des ossements de Saint Roch et sa demande en patronage de nombreuses villes constituent un signe de son extrême popularité : Montpellier (F), Venise (I), Arles (F), Grenade (E),
Villejuif (F), Salon (F). Le culte de saint Roch se rencontre donc aussi bien en France qu’en Italie et en Espagne. Malgré les doutes quant à l’historicité de tous les éléments précités, nous
partageons l’avis de l’historien Vauchez, selon qui saint Roch était un « pèlerin laïque, peut-être originaire du Languedoc (…) et qui se signala, une fois parvenu en Italie, par son zèle en faveur des malades et son efficacité
thaumaturgique »
.
La confrérie fondée en son honneur à Venise, la fameuse
Scuola di San Rocco, représente souvent un chien dans les peintures illustrant la vie de son saint patron. Cette
confrérie, fondée en 1477 et dont un des grands maître fut le Tintoret, s’était dotée d’une église abritant des
reliques de saint Roch. En dépit de son succès, il
faudra pourtant attendre le XVII°s. pour que le culte et la vénération de saint Roch soient dotés par l’Eglise catholique romaine d’un statut liturgique et canonique en règle, ce qui permet de dire que dans le cas de saint Roch, c’est surtout le
peuple qui a contribué à lui créer une aura de saint avant même d’avoir attendu l’aval de la hiérarchie catholique
.
Le chien a-t-il contribué à la popularité du saint ? Ce n’est évidemment de loin pas le point essentiel pour les récits
hagiographiques, saint Roch étant surtout invoqué pour prévenir les maladies contagieuses et la peste. Mais cet élément canin, que l’on retrouve surtout dans les représentations picturales et
sculpturales, reste très présent dans l’art
. C’est probablement l’attribut du chien qui a contribué au choix de saint Roch comme protecteur des
animaux, plus particulièrement du bétail. Ainsi les paysans n’hésiteront-ils pas à l’invoquer lors de certaines maladies de leur bétail (peste porcine, épizooties, peste bovine…)
. Notons enfin que suite à la « contamination » de l’histoire de saint Roch avec celle de saint Lazare, également patron des lépreux, le chien se verra souvent représenter sur les peintures en train de lécher les plaies de saint Roch
.